Jules Verne n’a pas prédit Apollo 11.
Ses voyageurs atteignent la Lune dans un projectile tiré par un énorme canon. Apollo 11 a utilisé une fusée Saturn V, un module lunaire, un centre de contrôle de mission et des milliers de personnes accomplissant un travail spécialisé. La différence compte.
Pourtant, De la Terre à la Lune mérite d’être rouvert à l’occasion de l’anniversaire de l’alunissage du 20 juillet, parce que Verne comprenait quelque chose d’essentiel à propos du voyage spatial : aller jusqu’à la Lune ne se résoudrait pas grâce à une seule personne courageuse avec une idée folle. Il faudrait des calculs, de la préparation, de l’équipement et la volonté d’admettre tout ce qui restait inconnu.
C’est ce qui rend le roman plus intéressant qu’une liste de prétendues prédictions.
Verne est parti d’une question technique
Dans De la Terre à la Lune, les membres du Gun-Club de Baltimore proposent d’envoyer un projectile vers la Lune. Le point de départ est comique et extravagant, mais Verne consacre un temps étonnant aux contraintes : le lieu de lancement, la position de la Lune, la force nécessaire, la conception du véhicule et le problème de maintenir des personnes en vie à l’intérieur.
Dans sa fiction, le lancement doit avoir lieu entre 0 et 28 degrés de latitude nord ou sud. Ce n’est pas Cap Canaveral, mais cela place Verne dans la même logique géographique générale que les programmes spatiaux ultérieurs : un site de lancement proche de l’équateur bénéficie d’un avantage grâce à la rotation de la Terre.
Verne envoie aussi trois voyageurs. Apollo 11 transportait trois astronautes : Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins. Ces ressemblances sont réelles, mais elles ne font pas du roman une prophétie. Elles montrent un écrivain qui réfléchit avec soin aux problèmes physiques et humains que son récit crée.
Ce qu’Apollo 11 a fait différemment
Apollo 11 a décollé de Cap Kennedy le 16 juillet 1969. Quatre jours plus tard, Armstrong et Aldrin se sont séparés de Collins dans le module lunaire Eagle et sont descendus vers la mer de la Tranquillité. Collins est resté seul en orbite autour de la Lune dans le module de commande Columbia.
Cette répartition du travail est l’une des différences les plus nettes entre la fiction de Verne et la mission réelle. Apollo n’était pas un simple projectile emportant directement ses passagers jusqu’à la Lune. C’était une suite d’engins spatiaux, de manœuvres, de vérifications et de décisions.
L’alunissage lui-même n’a été ni simple ni automatique. Pendant la descente finale, Eagle a survolé un champ de rochers tandis que des alarmes informatiques retentissaient. Armstrong a repris le contrôle manuel et a atterri avec très peu de carburant restant. La marche sur la Lune qui a suivi est la partie dont la plupart des gens se souviennent, mais elle est venue après des années d’essais et plusieurs minutes tendues qui auraient pu tourner autrement.
Apollo 11 est revenu sur Terre le 24 juillet. Le roman original de Verne se termine autrement : ses voyageurs sont lancés dans l’espace, tandis que la suite raconte leur voyage autour de la Lune plutôt qu’un atterrissage à sa surface.
Pourquoi les différences rendent le livre meilleur
Il est tentant de lire la science-fiction ancienne comme un jeu de devinettes. Qu’est-ce que l’auteur a bien vu ? Qu’est-ce que l’auteur a mal vu ?
Cela peut être amusant, mais cela fait passer à côté de la question la plus utile : qu’est-ce que l’auteur comprenait du type de problème dont il s’agissait ?
Verne comprenait qu’atteindre la Lune exigerait des mathématiques, de l’ingénierie, l’enthousiasme du public, de l’argent et un effort collectif. Il comprenait aussi que les gens débattraient du projet bien avant de se mettre d’accord sur la manière de l’entreprendre.
Apollo 11 a confirmé une part de cette imagination, puis l’a rendue plus complexe. La mission n’a pas été le triomphe d’un seul inventeur ni d’un seul astronaute. Le récit de l’alunissage par la NASA inclut l’équipage, les contrôleurs de mission, les ingénieurs, les techniciens et les systèmes qui ont dû fonctionner ensemble à chaque phase du vol.
C’est une meilleure histoire que celle de la prédiction. C’est une histoire sur l’imagination qui devient un problème que les gens peuvent mettre à l’épreuve.
Lisez Verne avec Apollo 11 à vos côtés
Essayez de lire un chapitre de De la Terre à la Lune à côté d’une courte chronologie de la mission Apollo 11. Puis demandez-vous :
- Quels détails Verne traite-t-il comme des problèmes pratiques plutôt que comme de simples éléments décoratifs ?
- À quels endroits le roman s’appuie-t-il sur la science du XIXe siècle ?
- De quoi Apollo avait-il besoin que Verne n’aurait pas pu anticiper ?
- Pourquoi une mission réelle pourrait-elle avoir besoin de trois astronautes aux rôles différents ?
- Le livre donne-t-il l’impression que le voyage spatial est plus facile ou plus difficile après comparaison avec le déroulement réel de la mission ?
Demandez directement à Jules Verne dans Texte les Auteurs comment il a abordé les calculs de lancement du roman, son équipage de trois personnes et sa vision du voyage lunaire. Revenez ensuite à De la Terre à la Lune et décidez quelles réponses le texte appuie réellement.
Verne n’a envoyé personne sur la Lune. Il a fait autre chose : il a amené les lecteurs à prendre le voyage assez au sérieux pour se demander comment il pourrait fonctionner.

