Beaucoup de lecteurs en français découvrent Homère, Cervantès, Tolstoï et Goethe grâce à un traducteur. L'histoire est la leur. Les phrases françaises ne le sont pas.

Il vaut la peine de s'en souvenir avant de qualifier un classique traduit de difficile, drôle, raide ou beau. Vous lisez un livre écrit par un auteur et porté en français par quelqu'un d'autre.

La Journée internationale de la traduction a lieu le 30 septembre. Les Nations unies l'ont créée en 2017 pour reconnaître les professionnels des langues et leur travail à travers les langues et les cultures. Sa présentation de cette journée rappelle utilement que la traduction est un travail, pas une tuyauterie invisible.

Vous n'avez pas besoin de connaître le grec, le russe, l'espagnol ou l'anglais pour bien lire un classique traduit. Commencez par prêter attention à l'édition que vous avez.

Trouvez le nom du traducteur

Regardez la couverture, la page de titre ou la page de copyright. Trouvez le nom du traducteur avant de commencer.

Cela change votre façon de lire. Un traducteur décide du degré de formalité d'une phrase, de la part d'une plaisanterie qui peut survivre, et de la possibilité de laisser une expression peu familière telle quelle. Ces choix ne remplacent pas l'auteur. Ils façonnent le livre que vous tenez entre les mains.

Si vous empruntez un exemplaire à la bibliothèque ou achetez une édition d'occasion, notez aussi sa date de publication. Une traduction de 1910 peut employer une langue qui vous paraît lointaine. Cela ne la rend pas mauvaise. Cela vous indique quel type de français cette édition vous donne.

Lisez le premier chapitre avant l'introduction

L'introduction d'un traducteur peut être utile. Elle peut aussi vous imposer une interprétation avant que le roman ait eu le temps d'agir sur vous.

Lisez d'abord un chapitre. Revenez ensuite à la note lorsque vous tombez sur un problème qui mérite d'être éclairci. Peut-être qu'un nom ne cesse de changer. Peut-être qu'une plaisanterie tombe à plat. Peut-être qu'une phrase paraît étrangement formelle.

La note expliquera peut-être les choix du traducteur. Revenez ensuite au chapitre. Le but est de passer plus de temps avec le livre, pas plus de temps à lire à son sujet.

Comparez un passage important

Si deux traductions sont disponibles, ne comparez pas la première page pendant une heure. Choisissez une scène qui compte : une dispute, une première rencontre, un discours ou une description qui vous reste en tête.

Lisez les deux versions à voix haute. Remarquez ce qui change.

L'une ira peut-être vite. Une autre s'attardera peut-être sur un détail. L'une semblera proche de la langue parlée d'aujourd'hui. Une autre laissera la phrase plus rugueuse et plus étrange.

Vous n'essayez pas de prouver qu'une traduction l'emporte. Vous remarquez que le même livre peut parvenir en français avec des textures différentes.

Posez des questions qui restent proches du texte

L'IA peut aider à faire une lecture attentive si vous lui confiez une tâche précise. Ne lui demandez pas de classer des traductions qu'elle n'a pas réellement lues. Ne lui demandez pas d'inventer la formulation de la langue d'origine.

Donnez-lui un passage de votre édition et essayez ceci :

Que met en valeur ce passage français par son choix de mots et sa structure de phrase ? Donne-moi deux observations que je peux vérifier dans le texte. Ne prétends pas connaître la formulation dans la langue d'origine, sauf si je te la fournis.

C'est une meilleure conversation. Vous avez toujours la page sous les yeux. Vous pouvez ne pas être d'accord. Vous pouvez montrer une ligne du doigt et dire : « Non, ce n'est pas ce que j'entends. »

Texte les Auteurs peut s'inscrire dans ce type de lecture. Apportez une scène, une image ou une question précise tirée du livre. Considérez la réponse comme une interprétation que vous pouvez mettre à l'épreuve, et non comme une déclaration historique de l'auteur ni comme un substitut au travail du traducteur.

Gardez une question à côté du livre

Après chaque séance, notez une chose :

  • Qu'est-ce que cette version rend facile à entendre ?
  • Qu'est-ce qui paraît encore étrange ?
  • Quelle phrase est-ce que je comparerais dans une autre édition ?

Cela suffit. Vous n'avez pas besoin de devenir spécialiste de la traduction avant d'ouvrir un classique. Il vous suffit de remarquer que le traducteur fait partie de l'expérience de lecture.

Le livre est toujours là. Maintenant, vous voyez un peu mieux comment il est arrivé jusqu'à vous.